Pas d’espace pour l’opposition

Pas d’espace pour l’opposition
Le 29 avril dernier, lorsqu’à coup des billets de banque distribués dans les états-majors des partis politiques de la mouvance présidentielle, l’Union sacrée de la nation fait salle comble au stade des Martyrs de la Pentecôte qui refuse même du monde, le pouvoir de Kinshasa décide d’arrêter le temps sur cette image des foules chantant à la gloire de Félix Tshisekedi, “l’autorité politique de référence”. C’est sur cette photographie instantanée de la popularité achetée que l’Union sacrée s’est endormie et qu’elle entend; à son tour, vendre à la terre entière, pour les échéances à venir, en l’occurrence les élections prévues théoriquement en décembre prochain. Les foules de l’Union sacrée dans la capitale, ville rebelle à la soumission au pouvoir, ne peuvent plus laisser place à une quelconque dissonance sur la gamme de musique entonnée en choeur avec pour refrain “le deuxième mandat de Tshisekedi”. Au soir de cette grand’messe à laquelle Tshisekedi ne vient pas, le commandant de la police ville de Kinshasa, le général Sylvano Kasongo peut se gargariser d’un “Zéro mort, zéro blessé” comme pour se féliciter d’avoir fait encadrer par ses hommes une importante manifestation sans incident. Dans son for intérieur, il sait que ce n’est pas le plus difficile de celui qui vous nourrit, commente un gendarme à la retraite.

Samedi 20 mai, c’est un tout autre tableau qui contraste avec l’image idyllique d’une population toute acquise à la cause de l’Union sacrée. L’opposition politique conduite par Martin Fayulu, Matata Ponyo, Delly Sessanga et Moïse Katumbi, appelle à manifester dans la rue contre la “l’insécurité, la vie chère, le processus électoral chaotique”. Le pouvoir qui n’entend pas voir l’opinion nationale et internationale écouter une autre son de cloche, s’agite et fait faire obstruction. Gentiny Ngobila, le gouverneur de la ville de Kinshasa, le même qui a gouverné le Mai-Ndombe à l’époque des massacres toujours non élucidés de Yumbi, qui préside un parti politique, ACP (Alliance des Congolais progressistes) qui prétend être le plus populaire dans la capitale, ne s’est pas du tout départi de sa casquette partisane. Il a enfermé l’opposition dans un piège à cons dans lequel lui-même ne s’en est pas bien tiré. Après avoir refusé une première fois le 14 mai, invoquant des raisons de sécurité, le gouverneur n’a pu réitérer son refus de laisser les opposants manifester. Il a choisi de faire dans la confusion en laissant libre cours à d’autres groupes pro pouvoir de marcher à la même date. Le stratagème est vieux t connu de tous. Il consiste à empêcher dans les faits alors que sur papier, et pour faire clean et démocrate, on appuie le bouton rouge. Samedi 20 mai, les manifestants de l’opposition se sont heurtés à la police, à l’armée, à la milice de l’UDPS. Sur la seule avenue asphaltée de la commune de Ngaba, avenue Kianza, les opposants qui tentaient de rallier le rond-point Super Lemba, point de rassemblement, ont connu un véritable calvaire. Manifestants, journalistes, observateurs des droits de l’homme, passants ont subi une répression brutale et sauvage. L’image la plus saisissante est celle de ce petit garçon de 10 ans que la police a violemment hopuspillé, frappé, traîné au sol comme du gibier avant de le jeter comme un sac de fufu dans un fourgon. Plusieurs blessés par balle, d’autres à la machette ou à la baïonnette. Une journaliste a été blessée. Le jeune reporter de The Post ciblé, pourchassé par une meute de policiers, a eu la vie sauve grâce à sa course athlétique et sa capacité à semer ses poursuivants dont un tentait de le flinguer. A l’arrivée, plusieurs blessés graves, plusieurs extorsions de téléphones et d’argent, plusieurs interpellations et une immense consternation parmi la population de Ngaba.

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Après la bêtise, chacun tente de s’expliquer. Le général Kasongo, avec le même zèle que quand il défendait le FCC de Joseph Kabila hier, n’a pas repris son refrain de “zéro blessé, zéro mort” comme au soir de la manifestation de l’Union sacrée. Cette fois, il a tout trouvé l’explication dans “l’opposition n’a pas respecté l’itinéraire tracé par le gouverneur”. Il n’a pas vu la Brigade spéciale de l’UDPS, BSU qui opérait à visage découvert dans les rues de Kinshasa, sous le regard approbateur de la police. A la veille du lancement d’un processus électoral que plusieurs parties prenantes désapprouvent, quel message le régime Fatshi a-t-il voulu donner aux Congolais et à la communauté internationale, alors que l’insécurité frappe aux portes de la capitale, avec une étrange milice dite “Mobondo” qui distribue la mort dans le jusque-là paisible Plateau de Bateke?  A cette question, un sécurocrate de l’opposition très au fait des choses a cette réponse effrayante : “Faites ce que vous voulez, il n’y a pas de d’espace pour l’opposition jusqu’à ce que Tshisekedi se donne son deuxième mandat”.

K.P

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